Inégalités en matière de pratiques culturelles

M. Roland Povinelli attire l’attention de Mme la ministre de la culture et de la communication sur les inégalités en matière de pratiques culturelles. 
Une récente synthèse sur « Les pratiques culturelles selon les catégories sociales et les revenus », publiée par l’Observatoire des inégalités, confirme que la culture n’échappe pas aux inégalités.

Il est pourtant indiscutable que les pratiques culturelles se sont nettement plus diffusées au cours des trente dernières années grâce, notamment, à l’élévation du niveau de diplôme et des niveaux de vie, conjugués à une meilleure mise en valeur de l’offre culturelle (bibliothèques, patrimoine culturel, expositions…). 
Malgré cette amélioration d’ensemble, les écarts demeurent importants, avec des différences significatives selon les activités culturelles. Le coût n’est pas la seule explication des écarts. L’observatoire montre ainsi que 20 % des ouvriers sont allés au théâtre ou au concert au moins une fois au cours des douze derniers mois, contre 61 % des cadres supérieurs. Mais l’écart est pourtant du même ordre pour un loisir qui peut être quasi gratuit comme la lecture (grâce aux bibliothèques de prêt) : 28 % des ouvriers ont lu au moins un livre au cours des douze derniers mois, contre 81 % des cadres supérieurs. Le cinéma se révèle l’activité culturelle la moins inégalitaire, puisque 38 % des agriculteurs – pénalisés par le manque de salles – ont vu au moins un film en salles au cours des douze derniers mois, contre 80 % chez les cadres supérieurs. 
Il souhaite connaître la position du Gouvernement.

Réponse du Ministère de la culture et de la communication

publiée dans le JO Sénat du 28/03/2013 – page 1023

Les chiffres présentés dans l’article publié par l’Observatoire des inégalités rendent compte d’une réalité connue de longue date qu’aucune enquête de terrain n’est venue démentir à ce jour : la participation culturelle des Français demeure étroitement corrélée à leurs ressources économiques et plus encore socio-culturelles. L’analyse rétrospective des résultats de l’enquête Pratiques culturelles des Français que le service d’études du ministère (DEPS) mène régulièrement depuis le début des années 1970 (http ://www. pratiquesculturelles. culture. gouv. fr/doc/evolution73-08/CE-2011-7. pdf) montre que la hiérarchie des catégories socio-professionnelles dans l’accès aux pratiques culturelles reste la même : les cadres supérieurs arrivent en tête devant les cadres moyens, puis les employés et artisans et commerçants dont les résultats sont souvent proches et enfin les agriculteurs et les ouvriers. Aujourd’hui comme hier, participer à la vie culturelle de manière à la fois régulière et diversifiée demeure une propriété très inégalement répartie dans la société française car cela exige le cumul d’un certain nombre d’atouts (niveaux de diplôme et de revenu élevés, proximité à l’offre culturelle, familiarité précoce avec le monde de l’art, importante sociabilité amicale, …) qui se retrouvent en priorité au sein des cadres et professions intellectuelles supérieures. Ce constat d’une relative invariance des écarts entre les milieux sociaux peut surprendre quand on sait que bon nombre de lieux culturels ont connu au cours de la même période une progression parfois spectaculaire du nombre de leurs entrées. Pour comprendre mieux, il faut tenir compte de l’augmentation quantitative de la population française au cours de la période étudiée et des transformations structurelles de la population française dont les effets sont pourtant bien réels tant sur le volume des pratiquants que sur leur profil. Ainsi, la part des cadres dans la société française a doublé depuis le début des années 70 pendant que celle des ouvriers déclinait. Plusieurs évolutions récentes de la société française ne jouent pas dans le sens d’une réduction des inégalités : persistance d’un haut niveau de chômage, stagnation du pouvoir d’achat, augmentation du poids des dépenses contraintes (logement, électricité, combustibles…) dans le budget des catégories pauvres (il est passé de 24 % en 1979 à 48 % en 2005 – Centre d’analyse stratégique, La mesure du déclassement, La Documentation française, n° 20, 2009). Le service d’études du ministère (DEPS) doit réaliser en 2013 une enquête nationale sur la perception des inégalités culturelles dans le cadre du projet financé par l’Agence nationale de la recherche et coordonné par Olivier Galland (GEMASS/CNRS) dont l’objectif est d’identifier et d’expliquer les mécanismes de formation des représentations des inégalités en France. Cette enquête apportera de nombreux éléments sur le regard que les Français posent sur les différences sociales, territoriales ou liées à l’âge mises en évidence par les enquêtes sur les pratiques culturelles et s’efforcera de répondre aux questions suivantes : ces différences ou certaines d’entre elles sont-elles vécues comme des injustices ou des inégalités ? Certaines populations considèrent-elles que leurs pratiques ou leurs attentes ne sont pas suffisamment reconnues par les pouvoirs publics ? De manière plus générale, les différences d’accès aux biens et services culturels sont-elles perçues comme des handicaps pour la réussite d’autres aspects de la vie sociale ? Afin de lutter contre ces inégalités et favoriser l’accès du plus grand nombre aux œuvres de l’art et de l’esprit, le ministère de la culture et de la communication agit en partenariat avec les autres départements ministériels, les collectivités territoriales, ainsi que certains de leurs regroupements et les réseaux concernés, de manière à intensifier, élargir et diversifier les publics. Par ailleurs, au moment où la diversification des modes d’accès à la culture apparaît comme une des mutations majeures des dernières décennies, il devient nécessaire de prendre en compte la diversité des pratiques culturelles, notamment l’impact des nouvelles technologies sur le développement des industries culturelles et de l’accès à la culture. À ce titre, les actions conduites visent à une mobilisation de tous les acteurs pour un élargissement social des publics, mais également pour une adaptation de l’offre et de sa médiation aux évolutions de notre société. De plus, l’action du ministère de la culture et de la communication doit contribuer activement à la politique du Gouvernement en faveur de la cohésion sociale et du « vivre ensemble ». Ainsi, le ministère soutient des actions relatives à la lutte contre toutes les exclusions, notamment en développant des politiques interministérielles à destination de populations ou de territoires spécifiques. Les programmes « Culture/Santé », « Culture/ Justice », « Culture/Handicap », « Culture/Exclusion », continuent à être développés. Ainsi, le nouveau protocole interministériel, signé avec le ministère de la santé en mai 2010, prévoit un élargissement des politiques culturelles au secteur médico-social. Une expérimentation a été mise en œuvre en 2011 et devra aboutir à échéance 2013 à des préconisations pour l’ensemble des territoires. En ce qui concerne les territoires déficitaires en matière d’offre culturelle, le ministère a mis en place un « plan rural » en 2010 et a renouvelé le partenariat avec le ministère de l’agriculture, de l’alimentation, et de la forêt avec la signature d’un nouveau protocole en septembre 2011 qui vise le développement de l’accès à la culture des populations rurales. Il a également lancé un appel à projets « Pour une dynamique culturelle dans les quartiers » qui a permis de soutenir plus de 800 projets entre 2009 et 2011, dans les 215 quartiers de la « Dynamique espoir banlieues ». Cet appel à projets a été déconcentré en 2012 permettant aux projets d’être suivis en lien avec les politiques territoriales mises en œuvre par les directions régionales des affaires culturelles. Enfin, le ministère mobilise ses établissements publics dans le cadre de la mission « Vivre ensemble », qui développe des actions de partenariat avec le monde associatif afin de faciliter l’accès de tous aux institutions culturelles. Cela se traduit notamment par des actions de sensibilisation à destination des membres des associations de proximité. Une politique tarifaire particulière est proposée à ces publics dits du « champ social ». On peut citer, par exemple, l’extension de la gratuité à tous les bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA) jusqu’alors attribuée aux seuls bénéficiaires du revenu minimum d’insertion (RMI). Par ailleurs, une meilleure prise en compte de la jeunesse est un des objectifs du ministère, qui mène une réflexion, notamment avec les institutions culturelles, pour s’emparer des outils numériques et repenser la médiation au vu de l’évolution des usages.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *